Après l’Art nouveau : l’Art Déco

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Autant les formes de l’Art nouveau étaient ondulantes, très détaillées et prenaient exemple sur la nature, autant l’Art déco s’est tourné vers des formes épurées et essentiellement géométriques. La courbe, encore très présente aux débuts de ce mouvement, tend à disparaître progressivement au profit de l’angle droit, notamment avec le courant De Stijl.

L’Art Nouveau est futuriste en ce qu’il rejette le passé et met l’accent sur l’originalité. Il ne peut cependant pas résoudre les problèmes du dessin de notre temps : celui d’une reproduction en grande série.
Le terme même « Art déco » est né dans les années 1960, période pop-art, pour désigner le style qui triomphe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui a lieu à Paris en 1925.

 

 

La période Art déco désigne le style le plus reconnaissable de l’entre-deux-guerres.

L’Art déco s’inscrit dans le prolongement de l’Art nouveau en s’y opposant par la forme pour des raisons fonctionnelles, et prend son essor en France dans les années 1920 à 1930. Le style Art Déco exprime avant tout la modernité par des formes géométriques et épurées. Cela correspond à une industrie en mutation, à une évolution des transports, à une nouvelle société qui se met en place.
La période Art déco désigne le style le plus reconnaissable de l’entre-deux-guerres.

 

Deux tendances très différentes coexistent :
- La tendance traditionaliste qui reste initialement le style « Art déco » luxueux d’une clientèle fortunée. Les meubles sont donc des pièces uniques reprenant en grande partie les formes réputées classiques, comme les styles Louis XVI, Directoire, Louis-Philippe mais imprégné du cubisme et du fauvisme. Les sièges sont souvent d’inspiration Directoire ou Restauration.
- La tendance moderniste, fonctionnelle, sans décor, c’est le début du design, qui recherche une production industrielle, pour une clientèle de masse (l’Union des Artistes Modernes).

 

 

L’Art déco est le premier style à avoir eu une diffusion mondiale.

Comme une traînée de poudre, l’Art Déco se répand aux quatre coins du monde, de New York à Chicago, de Tokyo à Shanghaï, de Saïgon à Hanoï, de Tunis à Casablanca. Partout, ce sont les mêmes lignes droites, les mêmes façades, les mêmes colonnes.
Grand Rex Paris, Carbide & Carbon Building à Chicago, Chrysler Building New York
Grand Rex Paris, Carbide & Carbon Building à Chicago, Chrysler Building New York
Cette époque s’éteindra peu à peu à partir du crash boursier de 1929 jusqu’à 1939 et sera supplanté par le mouvement moderne ou modernisme, par l’influence grandissante du Bauhaus  puis par le style international qui caractérise une grande partie de l’architecture des Trente Glorieuses : la production en série, qui annonce déjà la société de consommation que nous connaissons, le beau à moindre coût.

 

 

Comment reconnaître l’Art déco ?

Ordre, couleurs, géométrie.
L’Art déco aime les contrastes de couleur : les couleurs sont vives et contrastées, les associations de couleurs : orangé, vert, noir et or. L’influence du Fauvisme est déterminante : la couleur pure, utilisée en à plat, devient un élément structurant du décor.

Les volumes sont parallélépipédiques, aux angles vifs ou arrondis ou à pans coupés. Le cercle et l’octogone sont également appréciés. Les formes sont épurées.

Les matériaux rares ou précieux : l’ivoire, l’albâtre, les essences exotiques ou précieuses comme la loupe d’orme ou de noyer, ronce de noyer, palissandre, sycomore, mais aussi le bronze ou le laiton doré, chromé ou nickelé, les surfaces de verre pressé dans un moule et la bakélite font leur apparition …

Certains motifs à caractère géométrique sont déclinés à l’infini : le chevron, l’éventail, le zig-zag, la demi-lune, le quart de lune ou encore, le soleil rayonnant, la corbeille de fruits.

 

 

Quelques œuvres Art déco

ARCHITECTURE

L’architecture évolue considérablement, elle devient fonctionnelle. Elle revendique la simplicité, la géométrie et la cohérence structurelle : la forme doit exprimer la fonction du bâtiment, sans ornement superflu.
Le béton armé devient d’utilisation courante; il se prête à toutes les formes.

 

Pierre Patout (1879-1965)

Architecte et décorateur, il a aménagé trois paquebots transatlantiques de la Compagnie générale transatlantique, l’Ile-de-France et l’Atlantique en 1925, et atteindra son apogée avec Le Normandie en 1935, chef d’œuvre incontesté et inégalé de l’art décoratif français de l’entre-deux-guerres.
Pavillon du collectionneur, Porte de la Concorde, Immeuble paquebot
Pavillon du collectionneur, Porte de la Concorde, Immeuble paquebot

Pierre Patout a construit la Porte de la Concorde, le pavillon de la Manufacture de Sèvres et le pavillon du Collectionneur (pour l’ensemblier Jacques-Emile Ruhlmann) à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925. Mais sa réalisation la plus emblématique est l’immeuble du 3 boulevard Victor dans le XVe arrondissement, surnommé « le Paquebot » (1934). Patout est aussi l’architecte des Galeries Lafayette et de la chaîne des magasins de vin Nicolas.

 

Le Corbusier (Charles-Édouard Jeanneret-Gris) (1887-1965)

Architecte, urbaniste, décorateur, sculpteur, théoricien, homme de lettres c’est l’un des principaux représentants du mouvement moderne en architecture avec, entre autres, Ludwig Mies van der Rohe, Walter Gropius (Ecole Bauhaus), Alvar Aalto et Theo van Doesburg. L’Art déco, dans sa tendance moderne, est rattrapé en aval par le radicalisme d’un Le Corbusier qui, dans l’Art décoratif d’aujourd’hui, demande à «chaque citoyen de repeindre ses murs en blanc».

Le Corbusier est connu pour être l’inventeur de ce qu’il nommera « l’unité d’habitation ». Elle ne prendra forme qu’au moment de la reconstruction qui suit la Seconde Guerre mondiale, pour une solution aux problèmes de logements. Le Corbusier plaide pour une architecture rationnelle et industrialisable et affirme que « la maison est une machine à habiter ». Sa conception envisage dans un même bâtiment tous les équipements collectifs nécessaires à la vie dans un même lieu.

1922-1931 Au temps des « villas blanches »

La décennie 1920-1930 le voit réaliser un ensemble remarquable de projets de villas, d’ateliers.
Maison-atelier Ozenfant 1923, Villa La Roche 1923-1925, Villa Savoye 1928-1931
Maison-atelier Ozenfant 1923, Villa La Roche 1923-1925, Villa Savoye 1928-1931

 

Mobilier Le Corbusier

En collaboration avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand le mobilier très en pointe pour la fabrication industrielle, il faudra attendre 1965 pour qu’un industriel du luxe italien, Cassina, produise en modeste série quelques-unes de leurs œuvres.
Fauteuil LC2, Chaise longue LC4, Fauteuil à dossier basculant LC1 Le Corbusier - Charlotte Perriand 1925-1928
Fauteuil LC2, Chaise longue LC4, Fauteuil à dossier basculant LC1 Le Corbusier – Charlotte Perriand 1925-1928

Le fauteuil Le Corbusier constitue un bon exemple de dessin fonctionnel, aucun effet n’est recherché. L’idéal du grand architecte est un mobilier qui remplit une fonction anonyme à l’intérieur d’un cadre architectural.

 

Exemple d’architecture  de style Art déco à Nice

On trouve de nombreux immeubles Art déco sur la ville de Nice comme partout en France et dans le monde, en passant des palais majestueux aux immeubles d’habitation, gares, postes…
Façades du Palais de la méditerranée à Nice style Art déco 1927-1928 -Les années folles-

Façades du Palais de la méditerranée à Nice style Art déco 1927-1928 -Les années folles-

Uniquement les deux façades du Palais de la méditerranée à Nice ont été sauvegardées. Ils abritent aujourd’hui un hôtel de luxe et un casino dont la décoration d’intérieur est de style art déco.

Sa façade monumentale Art déco, sculptée par Satori est aujourd’hui classée monument historique.
L’usage du béton armé permet des élévations et des portées jamais égalées jusque-là.

 

 

MOBILIER

La sculpture disparaît des meubles pour être remplacée par les placages de bois précieux, l’incrustation et la marquèterie.

 

Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933)

Décorateur et ensemblier, autodidacte, Jacques-Émile Ruhlmann dessine des meubles  épurés et élégants aux lignes tendues qui sont exécutés par des artisans du faubourg Saint-Antoine.
Le luxe des matériaux contredit la sobriété des lignes.

 

Le luxe des matériaux contredit la sobriété des lignes.
En 1910, Ruhlmann opte sans hésiter pour une production de prestige, destinée à une clientèle constituée de couturiers, comédiens, écrivains à la mode, banquiers, industriels. Il utilise des essences rares comme le palissandre venu des Indes et du Brésil, l’ébène de Macassar venant d’Indonésie, l’amarante de Guyane, l’acajou de Cuba il plaque ses meubles de Loupe d’Amboine de Birmanie les marquette d’ivoire, les gaine de cuir, de galuchat (peau de raie), de peau de crocodile.
Fauteuils Club Jacques-Emile Ruhlmann
Fauteuils Club Jacques-Emile Ruhlmann

Un souci de confort est à remarquer dans les fauteuils, inspirés du fauteuil club, aux formes profondes.
Le bois est peu apparent et souvent dissimulé par un revêtement en cuir ou en textile.

 

Jean Dunand (1877-1942)

Artiste aux multiples talents, il fut à la fois sculpteur, dinandier, laqueur, mosaïste, orfèvre, et architecte d’intérieur.
Jean Dunand (1877-1942)

 

Artiste pluridisciplinaire, Jean Dunand compte parmi les plus grands créateurs Art déco.
En 1912, il fait l’apprentissage du travail de la laque, technique qu’il utilisera pour décorer des paravents, panneaux, meubles, vases, et pour réaliser des portraits. Il est également renommé pour sa participation à la décoration intérieure des paquebots L’Atlantique et Normandie.

 

VERRERIE

René Lalique (1860-1945)

Après la fin de la Première Guerre mondiale, les bijoux Art nouveau très colorés, très fantastiques de Lalique n’étaient plus dans l’air du temps. Le créateur le sent et décide de se reconvertir, et dès 1920, il se tourne vers l’Art déco.
René Lalique (1860-1945)
Bouchon de radiateur Citroen 5 cheveaux,  Panneaux de verre « Figure et Raisins » – Orient Express, Bouquet Art déco de René Lalique dans l’Orient Express

Il va ainsi créer de nombreux objets tels que vases, coupes, chandeliers, flacons à parfum, bouchons de radiateurs pour la 5 CV Citroën en 1925, décorations d’intérieur des wagons-restaurants de l’Orient Express en 1929, décoration d’intérieur de la salle à manger des premières classes du paquebot Normandie en 1936 et les fontaines des Champs-Élysées.

 

Peinture

Tamara de Lempicka (1898-1980)

Peintre d’origine polonaise, Tamara est contemporaine de l’Art déco. Elle crée ses plus belles œuvres de 1925 à 1935. Sa carrière et sa vie sont plus que liées à ce mouvement dont elle est la plus célèbre représentante.
Illustration des Années folles, sa vie très mondaine et théâtrale est une succession de mises en scène donnant le premier rôle à la modernité et au luxe. L’esthétique est en tout cas au cœur de ses oeuvres et les critères de beauté sont souvent récurrents. Ce sont pour la plupart des portraits hautains à sensualité distante.

La figure de la « garçonne » comme caractéristique marquante de l’Art déco va donner à Tamara de Lempicka une position prépondérante dans ce mouvement, au point d’en faire son égérie.
Tamara de Lempicka (1898-1980
Des couleurs vives, mais en nombre limité, derrière une stylisation néo-cubiste, qui l’a situe parfaitement dans son temps, les portraits de Tamara de Lempicka ne négligent aucune des magistrales recettes de composition qui furent élaborées par ses grands prédécesseurs de la Renaissance italienne.